Agoneo Interview #4 : La gestion de la pression


Tous les sportifs, peu importe le niveau auquel ils évoluent, ont déjà ressenti la pression. Avant un match ou une compétition importante ou même en cours de partie lors d’un moment clé. Comment gérer cette émotion pour donner le meilleur de soi-même ? Astrid Guyart, notre ambassadrice, membre de l’équipe de France d’escrime, vous donne ses conseils.

Bonjour Astrid, tout d’abord penses-tu qu’il est normal que le sportif, même amateur, ressente une pression à l’approche des échéances importantes ? Et y a-t-il réellement une bonne et une mauvaise pression comme on le dit ? 

Bien sur que c'est normal, un sportif travaille toute l'année très dur pour être à son meilleur niveau et être en mesure de relever les objectifs qu'il s'est fixé. Quand l'échéance approche, il est humain de se demander si on sera capable de donner le meilleur de soi et en mesure de réaliser la performance espérée ! 

Mais cette pression (ou cette petite boule au ventre...) n'est t-elle pas justement le signe que quelque chose de fort va se produire? N'est-elle pas la raison même pour laquelle on se dépasse chaque jour à l'entraînement ? N'est-elle pas ce surplus d'énergie nerveuse qui va nous permettre de nous donner à 200%, de mettre tous nos sens en alerte et de vibrer au rythme de l'adrénaline ? C'est ça que j'appelle la bonne pression! Celle qui transcende, qui se transforme en action pour peu d'avoir le courage de devenir l'acteur principal de sa vie ! La mauvaise, au contraire,  c'est quand on reste passif, inhibé, paralysé par ce que les autres attendent de nous ou par nos projections personnelles...

Quels conseils donnerais-tu pour justement gérer cette pression à l’approche d’un rdv important ?

En général, je laisse monter la pression en amont de la compétition car encore une fois, elle me semble naturelle et je ne cherche pas à la combattre. En revanche, je fais en sorte d'avoir des soupapes pour la relâcher si besoin (mes amis, ma famille, voir même mon travail).  Je pense que dans les périodes qui précédent les grands événements, il est important de se rappeler qu'il existe, dans nos vies, un équilibre en dehors du sport (qu'il soit d'ordre privé ou professionnel).

Au moment de la compétition, c'est différent ! Cette pression, je vais m'en servir pour aiguiser mes sens, pour rendre mes gestes plus incisifs et mon esprit plus combatif ! Pour cela, je fais simplement en sorte d'être dans l'instant présent et de le ressentir pleinement ! Je suis tellement concentrée sur le moment, que je n'ai pas le temps de penser à quoi que ce soit d'autre ! Je suis dans l'action pure : je suis complètement mobilisée sur la piste, avec mon adversaire, mon jeu, l'arbitre. Parfois, je suis tellement dans l'instant, que le temps semble même se ralentir.... Il n'y a alors plus de place pour la peur dans ces moments là!


Et du coup, en cours de match, de course ou de compétition, dans un moment clé, comment ne pas se laisser dépasser ?


Effectivement, comme je viens de l'évoquer, il arrive que la pression prenne le pas: la concentration devient diffuse, la pensée se parasite et les gestes se font moins fluides.
Il faut alors savoir rebasculer du bon côté et se reconcentrer sur ce qui compte. Dans mon cas, c'est la cuirasse de mon adversaire, je ne la lâche pas des yeux et quand la distance est bonne, le geste part tout seul !


Mais il n'y a néanmoins pas de recette magique! C'est à chacun de bien se connaître pour comprendre les raisons de son stress et les leviers pour le dépasser. Globalement, je pense qu'on ne peut pas tricher avec soi-même et les grands événements sportifs ont cela de magique, qu'il nous mettent à nu. C'est une superbre école de la vie et un apprentissage unique sur nous-mêmes si on sait s'en servir pour avancer, encore et encore: "Il n'y a pas de fausses notes, tout dépend de la suite", Miles Davis. 


Cela t’est il déjà arrivé de rater une compétition à cause du stress ? Comment analyser à posteriori ses échecs pour voir si la pression en est réellement responsable ?

Oui, cela m'est déjà arrivé et pourra certainement m'arriver encore. En général, je le sais car à la fin du match, je me rend compte que je n'ai pris aucun plaisir, même dans les touches mises. Quand cela arrive, je sais que je ne suis pas dans le jeu, mais uniquement dans l'enjeu. Celui-ci devient trop lourd à porter et bloque alors toutes mes sensations, toute ma créativité et ma spontanéité. Je cherche en général à rajouter du contrôle en pensant que cela va m'assurer que les choses se passent comme prévu... sauf qu'en matière de sport et de performance,  il est impossible de prévoir ce qui va se passer.... et la meilleure arme est bien souvent de se faire suffisamment confiance pour lâcher prise sur le cours des choses!

Merci Astrid pour ces conseils avisés. Astrid va justement devoir gérer la pression puisqu'elle débute demain matin les Championnats du Monde à Budapest. On lui souhaite une bonne compétition ainsi qu'à toute l'équipe de France. Vous pourrez suivre les résultats d'Astrid sur son espace Agoneo : ici

www.agoneo.com
www.agoneolive.com


 

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